Arbitrage vidéo : solution ou piège à cons ?

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Updated: février 1, 2013

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On assiste régulièrement, sur les plateaux de télévision ou dans la presse, à la même mascarade : un entraîneur dépité de la défaite de son équipe ou un consultant débordant d’auto-suffisance se lamentent des décisions de l’homme en noir et implorent à genoux l’arrivée de l’arbitrage vidéo, remède universel qui ferait disparaître l’injustice dans le football, la misère dans le Tiers-Monde et le déficit de la Sécurité Sociale.

Cependant, si l’on essaie de dépasser le niveau puéril des jérémiades de maternelle, on constate que la réflexion autour de ce sujet n’atteint pas des sommets. Après tout la vidéo, pourquoi pas, mais comment et dans quel but ?

SOMMAIRE

Des arguments bien flous

Comparaisons simplistes

La plupart des gens s’interrogent légitimement : pourquoi le football demeure réfractaire à l’utilisation de la vidéo alors que cette technique existe déjà pour d’autres sports, tels le rugby, le basket ou le tennis ?

D’une part, c’est oublier de dire que cette assistance s’effectue de manière très précise et limitée : par exemple, pour le rugby, la vidéo ne peut qu’aider à déterminer si l’arbitre doit valider un essai ou non (ce qui demeure problématique, même les images ne parviennent souvent à trancher de manière certaine). Dans tous les autres cas de figure (fautes, en-avant, hors-jeu…), c’est toujours l’arbitre qui prend seul sa décision sans l’aide des images.

De plus, c’est faire preuve de méconnaissance d’une des spécificités du football en comparaison des autres sports : la recherche de la fluidité. Rugby, tennis ou encore football américain sont des sports " de phases " : le jeu y est très régulièrement interrompu, ce qui permet de visionner des images lors des temps d’arrêt du jeu. Stopper de manière similaire une action au football n’est pas possible sans nuire gravement au spectacle proposé. Les amateurs de Ligue 1, Ligue 2 ou de tout autre championnat européen savent à quel point il est irritant de voir les fins de match hachées par des footballeurs mimant une fracture ouverte à chaque fois que l’adversaire s’approche à moins de 2 mètres : ajouter à ces arrêts de jeu intempestifs de longues minutes d’observation des ralentis serait positivement insupportable.

La vidéo, pour arbitrer quoi ?

Et si l’on proteste en affirmant que la vidéo ne serait pas utilisée pour déterminer la gravité des fautes, dans ce cas, intéressons-nous au champ d’application de cette technologie : les hors-jeu ? les ballons rentrés ou non dans le but ? l’obtention d’un penalty ?

En ce qui concerne la validation ou non d’un but, des tests sont prévus dans l’optique du Mondial 2014, pour fournir une assistance vidéo à l’arbitre principal, sur le principe du " hawk-eye " en tennis. Outre le fait que ce cas de figure demeure rarissime, son utilisation porte à confusion : l’arbitre va-t-il arrêter l’action en cas de doute ? Si le ballon n’est pas rentré, cela interrompt le jeu pour rien… Et si l’on objecte qu’il peut vérifier à l’arrêt de jeu suivant, imaginons ce cas de figure : un ballon est repoussé par le gardien de manière litigieuse, l’arbitre décide de laisser le jeu se poursuivre en attendant de vérifier s’il y a but : l’action se poursuit et donne lieu à un but adverse, un penalty ou même une faute grave. Si l’arbitre constate que le but aurait effectivement du être validé, que va devenir la période de jeu suivant celui-ci ? Va-t-on purement et simplement l’oublier, ou se retrouver dans des cas absurdes où les 2 équipes se retrouvent avec un but de plus au tableau d’affichage ?

Quant aux hors-jeu ou penalties, on constate que les éminents spécialistes qui analysent les rencontres se déchirent sur la véracité de chaque décision alors même qu’ils décortiquent les actions à la loupe sous tous les angles possibles et imaginables. Rappelons-nous le fameux penalty accordé à Fabricio Ravanelli lors d’un sulfureux PSG-OM 1997 : 15 ans plus tard, supporters marseillais et parisiens continuent à se déchirer sur l’existence de la faute.

Et si on se trompait de débat ?

Accepter la part de doute

En effet, le problème ne réside pas dans la surenchère de moyens techniques, mais dans la reconnaissance d’une notion simple : la nuance. L’interprétation de l’arbitre est une composante inéluctable de ce sport : non seulement les médias ne l’admettent pas, mais la haine arbitrale qu’ils entretiennent avec application les poussent à systématiquement contester une décision en se mettant dans la peau du supporter outragé. C’est ainsi que, vidéo à l’appui, les commentateurs peuvent, pour 2 actions similaires, regretter la passivité de l’arbitre s’il n’accorde pas de faute et déplorer sa trop grande sévérité s’il décide de siffler.

(Détail amusant : ces mêmes commentateurs ou consultants sont les premiers à s’étonner du manque de respect des joueurs envers le corps arbitral. Ironie, quand tu nous tiens…)

Connaître les règles

Un autre problème à régler avant de penser que visionner des images aidera à prendre des décisions : la méconnaissance des lois dictant le jeu.

Prenons l’exemple, maintes fois observé, de la caméra montrant nettement une main ou un bras en contact avec le ballon. On assiste alors à un festival de poncifs et approximations en tout genre : " la main était décollée du corps ", " le joueur saute les bras écartés ", " la main va vers le ballon "… Autant de fines analyses qui rendent les images totalement inutiles, puisque la règle du jeu est ignorée. C’est le caractère intentionnel du geste qui doit être pris en compte pour déterminer l’existence de la faute. Or, bien souvent, ce caractère est délicat à prendre en compte : des vidéos, même au ralenti, peuvent-elles vraiment distinguer ce qui relève de la ruse, du réflexe ou de la malchance ?

 

Le chemin est donc encore bien long avant de voir la vidéo portée aux nues : plutôt qu’espérer des remèdes miracles, analystes comme téléspectateurs devraient plutôt apprendre à changer leur regard sur le sport qu’ils aiment, en admettant la part de hasard et d’incertitude qui en fait partie. Améliorer la formation des arbitres, multiplier les sanctions d’après-match pour les simulateurs, se pencher sur certaines règles ou lois qui font encore polémique (notamment celle du hors-jeu), voilà d’autres challenges qu’il convient de mettre également en lumière.

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